(L'article qui suit peut
contenir des spoilers, mieux vaut avoir vu les épisodes en question avant de lire afin de conserver l'effet de surprise. Vous voilà prévenus.)
Malgré le soutien éperdu d’une grande majorité de fans, offrir une suite à
Sherlock n’était pas un objectif aisé à atteindre pour les producteurs. La pression était énorme, et même si, dans tous les cas, on prenait plaisir à retrouver le détective et son
complice, la déception aurait été très intense si la nouvelle saison n’avait pas été à la hauteur de la première.
Résultat : mission accomplie, voire davantage encore ! Les producteurs ont réalisé l’exploit de ne pas réaliser
une deuxième première saison, mais une saison à part entière, avec son lot de surprises, de psychologie et d’actions supplémentaires.
Si la première saison s’était davantage attachée au personnage de John Watson (sa rencontre avec Sherlock, sa
difficulté à s’adapter à sa nouvelle vie de civil, la renaissance qu’il a vécu auprès de cet étrange détective consultant), ces nouveaux épisodes se penchent plutôt sur la personnalité hors norme
de Sherlock (Benedict Cumberbatch).
Toujours aussi brillant, hautain et misanthrope, le détective apparaît ici
plus humain qu’à l’accoutumé. Au cours de ces nouvelles aventures, on découvre, en même temps que lui, qu’il n’est pas aussi insensible qu’il veut bien le croire : il expérimente de nouvelles
émotions, la peur, le doute, des choses inédites pour lui, et se rend compte qu’il est entouré, qu’il a des amis et que leur présence le touche. Des sentiments qui étaient déjà apparus à la fin
de The Great Game mais qui sont ici accentués.
Pour autant, John (Martin Freeman) n’est pas abandonné à un rôle de faire-valoir passif, comme le caricaturent
volontiers les livres d’Arthur Conan Doyle. Au contraire, son rôle s’est étoffé, et l’on sent qu’il a pris ses aises dans la vie de Sherlock. Il connaît les petits travers de son ami, sait
appuyer là où ça fait mal et n’hésite pas à faire preuve de cette habilité pour calmer Sherlock quand celui-ci prend un peu trop la grosse tête.
Cela occasionne des scènes hilarantes, durant lesquelles John n’a pas peur
de tenir tête à son obstiné et intelligent ami. Cela faisait d’ailleurs longtemps que je n’avais pas ri aussi spontanément devant une série (excepté pour How I met your mother, mais on
n’est pas vraiment dans le même registre ^^). L’ambiguïté de la relation entre ces deux personnages est également
accentuée, sans jamais toutefois tomber dans un répétitif lourdingue.
Les personnages secondaires non plus ne sont pas à la traîne. L’adorable Mrs Hudson (Una Stubbs), Molly (Loo
Brealy), qui possède cette fois-ci plus de consistance, Mycroft (Mark Gatiss), Andersen et Donovan sont égaux à eux-même, et on les retrouve tous avec grand plaisir (sauf Donovan que je n’arrive
toujours pas à apprécier). J’avoue un faible pour Lestrade (Rupert Graves), qui se voit dans le deuxième épisode offrir un prénom, chose qu’Arthur Conan Doyle ne s’était jamais donné la peine de
faire. Son rôle est renforcé dans le dernier épisode, durant lequel il prouve sa loyauté et son amitié envers Sherlock.
Mais plus surprenant encore est l’évolution du personnage de Jim Moriarty
(Andrew Scott). Je l’avais adoré dans la première saison, je m’attendais donc à le retrouver tel quel dans celle-ci. Grave erreur. Bon, me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, le personnage
est toujours aussi cinglé et lunatique, et franchement c’est un plaisir d’observer le jeu d’acteur de ce personnage et celui de son interprète. Pourtant, son caractère semble plus imprévisible et
violent, sous ses airs de Don Corleone ^^
On note aussi la présence à l’écran de Russell George Tovey, mieux connu des Whofans sous le nom d’Alonso
(Allons-y !), qui incarne Henry Knight dans Le Chien des Baskerville version 2012 : The Hounds of Baskerville.
Autre grand personnage des œuvres originelles à avoir fait son apparition dans la série : Irene Adler (Lara
Pulver), qui représente en quelques sortes le pendant féminin déstabilisateur de Sherlock. Je n’avais jamais vraiment accroché à ce personnage auparavant, que ce soit dans les livres ou dans le
film. Le côté « Je suis trop forte je suis la seule à égaler Sherlock Holmes et pourtant j’ai besoin de sa protection » ne m’avait jamais vraiment convaincu. Pour tout dire, sa venue dans la
série me faisait un peu peur.
Dans A scandal in Belgravia, j’en ai été pour mes frais. Le
personnage est fort, complexe, et surtout carrément inattendu. Car comme Sherlock et John, cette Irene-ci est aussi le résultat d’une adaptation moderne du personnage… Surprenant.
A l’instar de la première saison, les intrigues sont de très hautes qualités. Les trois épisodes (d’1h30 chacun
tout de même, on peut presque les qualifier de films !) sont très différents les uns des autres, ce qui fait que l’on est perpétuellement surpris et que c’est bien agréable.
Le premier, A scandal in Belgravia, se distingue par son côté très
intense et la relation atypique entre Sherlock et Irene. John en est pour le coup remisé au second plan, mais ce n’est que partie remise, car dans le second, The hounds of Baskerville,
il est l’un des personnages les plus visibles. Si ce deuxième épisode offre une version totalement remaniée du célèbre Chien des Baskerville, les aficionados de Conan Doyle pourront
cependant le regarder sans crainte de connaître la fin à l’avance, tant l’histoire a été chamboulée. De même pour le troisième épisode, The Reichenbach fall, qui reprend le fameux
passage des chutes de Reichenbach. Un épisode intense et éprouvant dans lequel s’affrontent magistralement les deux Nemesis perpétuelles, Sherlock et Moriarty, tout comme ils le faisaient dans
The Great Game. Qui remportera cette bataille à mort ?
De manière générale, ce troisième épisode renoue à merveille avec le tout premier de la première saison. La
scène d’ouverture montre d’ailleurs John de nouveau en face de sa psychologue, qu’il n’avait plus eu besoin de voir depuis sa rencontre avec Sherlock. Donovan fait également référence à cet
épisode quand elle rappelle au docteur ce qu’elle lui avait alors dit : de rester éloigné de Sherlock avant qu’il n’arrive malheur.
Comme pour boucler la boucle... Car tout ça aurait pu être une façon, pour
les producteurs, d’apposer un point final à cette belle aventure… Toutefois, ils viennent d’annoncer qu’une troisième saison a bel et bien été commandée. De quoi nous rassurer un peu, nous
pauvres fans, et ajouter une pression supplémentaire à Steven Moffat et Mark Gatiss !
A vous les studios.